Un «freelance» se raconte – Véronique Meignaud, illustratrice

Voici donc le tout premier billet d’une toute nouvelle section de mon blogue: Un «freelance» se raconte (J’adore ce mot anglais! Il est tellement représentatif!). Vous ferez la connaissance de plusieurs travailleurs autonomes ainsi que de leur parcours professionnel. Ils vous feront découvrir leur petit monde bien à eux et sauront vous prouver que oui, il est possible de vivre de sa passion en tant que travailleur autonome. Je vous laisse donc les découvrir au cours des prochains mois.

Je vous présente donc à l’instant la toute première, Véronique Meignaud, une illustratrice fort talentueuse originaire de la France, maintenant établie à Montréal. Bonne lecture!

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Site: meignaud.com  |  Facebook: https://www.facebook.com/meignaud

Expliquez-nous ce qui vous a mené à faire le travail que vous faites maintenant et en quoi consiste-t-il au jour le jour?
J’ai toujours dessiné, donc je savais que j’allai finir dans un milieu créatif. J’ai hésité entre plusieurs domaines; l’architecture, la décoration d’intérieur, même l’architecture navale, puis le design, la bande dessinée, et j’ai finalement atterri dans le jeu vidéo. Avec les années, j’ai diversifié un peu mes clients et domaines de création; l’illustration pour des couvertures, des cartes de jeux de rôles, des collaborations diverses avec d’autres artistes pour des petites publications, avec des photographes également, des expositions d’œuvres dans plusieurs galeries à travers le monde, j’ai aussi travaillé sur des univers interactifs pour le spectacle. L’industrie des jeux vidéos reste ma base de revenu principale puisque c’est dans celle où j’ai le plus longtemps travaillé et étendu ma clientèle.

Je commence ma journée entre 9 h et 11 h, dépendamment des commandes en cours. Je travaille dans un local partagé avec 6 autres indépendants (concept artists, illustrateurs, graphic designers). Un matin classique commence par la lecture des mails, accompagné d’un café + chocolatine, répondre aux clients, les relancer pour signaler les retards de paiement (et oui ça arrive aussi); puis une fois les choses prioritaires passées, petit tour sur Facebook où j’ai grossièrement regroupé mes sources d’informations principales; l’actualité des amis qui pour beaucoup sont dans les domaines créatifs, mais aussi d’autres artistes/designers de différents domaines, les événements artistiques passés et à venir… (une veille artistique un peu aléatoire en fait). C’est aussi le moment marketing, où je poste sur les réseaux sociaux un extrait d’une œuvre/projet en cours ou terminée (que ce soit personnel, ou lié au travail, quand j’ai le droit de partager…). Puis j’attaque le travail.

J’ai souvent besoin de m’aérer la tête donc dès que je le peux, je bouge un peu dehors quand le climat est plus agréable; faire des courses, prendre un café en terrasse, visiter une amie dans son atelier de sérigraphie (La Bourgeoise Sérigraphe), faire de l’escalade, par exemple… histoire de faire un break et un peu d’exercice. Sinon quand je manque de temps, je reste à mon bureau pour faire des expérimentations graphiques sur ordinateur, que je reprends un peu plus tard en fin de journée, par exemple.

La journée se termine entre 18 h et 19 h 30 en temps normal, parfois bien plus tard quand les tâches demandées sont importantes, auquel cas il m’arrive de déborder jusqu’à 23 h, voire 4 h du matin dans certains cas plus extrêmes, mais ça reste assez exceptionnel. Je suis souvent la dernière au local dans ces moments là ;)

À quel moment avez-vous découvert votre passion pour l’illustration? Pensiez-vous plutôt devenir une artiste (peintre, sculpture, etc.) au départ?
Ma passion pour l’image était mon premier passe-temps, je dessinais tout le temps étant petite. Ma passion ne s’arrête pas à l’illustration, et elle a évolué avec les années. J’affectionne tout ce qui est lié à l’image; même si je ne pratique pas vraiment dans ces autres catégories artistiques, elles m’alimentent et m’inspirent au quotidien: que ce soit le design, la photographie, la mode, l’architecture, la nature, les performances artistiques diverses, interactives, le design graphique… les expérimentations graphiques en général représentent probablement ce que j’affectionne le plus; j’aime les surprises et les imprévus qui découlent des différents processus de création.

L’appellation «artiste» (plus traditionnelle donc) n’avait pas vraiment de lien avec mon parcours professionnel, jusqu’à ce que je participe à des expositions pour présenter mes œuvres personnelles. Je me considère artiste parce que je continue de faire évoluer mon travail personnel, j’aime explorer et «sentir» les choses. Disons que c’est une des facettes de mon travail qui s’éparpille un peu dans mon parcours, mais je ne le ne vois pas comme un objectif certain (du moins pas pour l’instant); je me laisse simplement portée par l’envie d’apprendre et de créer.

Lorsque vous étiez étudiante, pensiez-vous un jour travailler à votre compte?
Oui, à l’époque j’envisageais de devenir auteure de BD, mais je n’avais aucune idée de ce que c’était vraiment.

Quelles étaient vos pires peurs face à cette nouvelle expérience? Et comment avez-vous combattu vos démons?
J’ai pris conscience de ces craintes qu’une fois présentée face aux problèmes qu’on rencontre en freelance: on remet tout en doute; notre propre travail et notre façon d’approcher les clients, notre manière de nous vendre (marketing), le professionnalisme et l’intégrité des clients, on comprends aussi que la précarité est quasi permanente, que les périodes de creux peuvent arriver à tout moment, même quand tout semble bien aller, quand on est «overbooké». On apprend de ces phases difficiles, on est plus méfiant donc plus prévoyant. Personnellement, j’ai même tendance à m’inquiéter beaucoup plus aujourd’hui alors que le niveau de mon compte en banque est bien plus haut qu’à mes débuts, période durant laquelle je ne me sentais pas du tout «en danger». Cela doit aussi venir du fait que mon parcours continue d’évoluer, je ne me suis pas rangée dans un domaine en particulier et j’ai un désir constant de découvrir de nouvelles branches et d’apprendre; et je sais qu’une transition professionnelle est plus difficile à aborder quand ça fait longtemps que nous ne sommes plus étudiant (période où je me suis sentie beaucoup plus certaine de moi, à savoir où j’allai).

​5. Racontez-nous votre toute première expérience de travailleur autonome.​
J’ai eu plusieurs périodes de freelance entrecoupées de périodes salariales. Celle qui a vraiment marqué mon début en tant que travailleur autonome a commencé en 2007. Ça roulait plutôt bien au début, j’avais plusieurs clients dont un régulier qui payait sérieusement; puis le projet s’est malheureusement arrêté. C’est là que j’ai vu les choses décliner doucement. Il y a eu une crise financière à cette époque qui a ralenti beaucoup de choses, moins d’opportunités de travail, les budgets étaient revus à la baisse; les clients mettaient du temps à payer. On se serre la ceinture et on fait de son mieux pour remonter la pente, nos habitudes changent. On est moins exigeant sur les contrats, on accepte plus de commandes dites «alimentaires», puisqu’il faut bien payer son loyer. En 2010 j’appliquais pour un poste de concept artiste dans une boite de jeux vidéos à Montréal, pour me sortir de cette période à revenu limité, bien que stable.

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Qu’elle fût votre plus grande motivation pour vous lancer dans le monde du travailleur autonome?
La possibilité de travailler sur divers projets sur des périodes plus courtes, afin de toujours se renouveler en découvrant de nouvelles équipes, d’autres méthodes de travail, et moins se lasser d’un même projet. La rémunération est aussi plus élevée vis à vis du taux horaire d’un salarié (bien que ce soit moins en continu). La liberté de bouger et de voyager pratiquement quand on le souhaite (et quand nos réserves financières nous le permettent évidemment). il m’était aussi impératif de travailler en communauté, donc dans un local partagé avec d’autres travailleurs autonomes, desquels on apprend beaucoup sur ce mode de vie indépendant. C’est aussi plus relaxe et motivant de travailler dans ce cadre, cela peut amener à des collaborations artistiques diverses.

Qu’est-ce qui vous motive à travailler votre style graphique et innover dans votre domaine?
Difficile de répondre à cette question, car de base, c’est presque «vitale» de proposer mon style graphique du moment, simplement parce que c’est ce que j’aime le plus faire (comme probablement beaucoup d’autres artistes). Le soucis est qu’il est sans cesse évolutif: il y a mon style du moment donc, que je découvre et expérimente, il est encore variable; puis mes autres styles développés auparavant… D’autre part, il est difficile dans mon domaine (si on parle des jeux vidéos) d’imposer un style trop particulier (les miens étant souvent trop décalés). La demande et les tendances sont souvent plus mainstream, donc le style graphique que je vais proposer va forcement subir des modifications pour répondre aux besoins du client. Je crois n’avoir qu’une seule exception de réelle «carte blanche» dans ma carrière, et encore, on me demandait un style que je n’avais pas pratiqué depuis au moins 5 ans.

Avez-vous un mentor ou un modèle qui vous inspire et vous pousse à aller plus loin?
J’en ai pas vraiment en tête mais je devrais y réfléchir; ça m’aiderait peut être à moins me disperser. «Choisir» est difficile car j’ai souvent des périodes d’hésitation dans mon orientation professionnelle.

Est-ce que le fait de travailler pour vous-même a changé votre vie ou une facette de celle-ci? Si oui, est-ce possible de nous expliquer en quoi votre vie a changé?
Ça m’a probablement appris à mieux me préparer face aux aléas de la vie en général.

Si vous aviez un conseil à donner à des jeunes qui se demandent​ quoi faire dans la vie, que leur diriez-vous?
Simplement d’analyser ce qui les passionne, et d’approfondir dans ce/ces domaines, assister à des conférences, «workshops», rencontres avec des professionnels et comprendre leur parcours, pour savoir si professionnellement ça peut vraiment les intéresser.

Geneviève Boucher

Designer graphique qui aide les créa-trepreneurs avec leur branding + médias sociaux | Blogueuse | Je cours très vite après 2 cafés! Yeah!! En savoir plus >

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